Maison Sensey Paris


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La vie de Daniel Paillasseur, le fondateur de la prestigieuse Maison Korloff, est un roman fait de passions et de créations. Ce Lyonnais qui a débuté comme apprenti boucher a fait de la Maison Korloff l’un des plus beaux joailliers Français. Entre audace et excellence il a su bousculer les codes du diamant. Aujourd’hui il a transmis son savoir-faire et sa passion à son fils Olivier qui continue de perpétuer les valeurs d’authenticité et de prestige de l’entreprise familiale. Nous avons eu la chance de pouvoir évoquer avec cet élégant visionnaire ses débuts, sa rencontre avec le légendaire diamant noir, son histoire avec la mode, son idée du bonheur et son envie de donner une nouvelle vie au diamant pour qu’il devienne le plus noble des placements et ainsi lui offrir ses lettres de noblesse. Les diamants ne sont-ils pas éternels…

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

Daniel Paillasseur : Qu’est ce qui a débuté ? Car des débuts, j’en ai eu en permanence. Et je commence tous les jours quelque chose de nouveau. C’est un roman ! Ce n’est pas facile de parler de soi. J’ai eu une enfance assez difficile, où on ne m’a jamais demandé ce que je voulais faire. A 14 ans, mon père m’a dit « Daniel, le boucher du village a besoin d’un commis, tu vas travailler là..  » On ne m’a pas demandé si je voulais continuer mes études alors que j’étais plutôt bon élève. C’est comme ça que je me suis retrouvé garçon boucher à 14 ans. A 17 ans, j’ai eu un autre maître d’apprentissage qui m’a tout appris : le respect et surtout la valeur du travail.

Puis ce fut le temps du service militaire. En rentrant de l’armée je ne savais pas trop que faire et donc, comme tout le monde, j’ai un peu tâtonné. La seule chose que je savais faire c’était vendre, et bien ! J’ai vendu toute sorte de produits mais ce n’était pas encore ça. Un jour un représentant est passé nous proposer des reproductions de toiles de maîtres. Je n’avais pas de notions en peinture, ni en décoration, ni en art mais j’ai eu le déclic.

J’ai réussi à me faire embaucher. En deux ans je suis devenu le meilleur vendeur de tableaux et j’ai été promu directeur de la société. Par la suite je me suis mis à mon compte et ai créé mon Atelier, « l’Atelier des Arts et Décoration » où j’avais une équipe de six vendeurs. A la fin on sélectionnait des talents, des peintres et on faisait leur cotation.

Et un jour une société de vente à domicile de diamants a copié nos méthodes commerciales ; c’est comme si on m’avait volé mon bébé. Je crois aux rencontres, et pour vendre des diamants il fallait rentrer dans un monde qui n’était pas le nôtre. Je suis donc parti pour Anvers où j’ai rencontré mon associé. Et cela fait quarante-cinq ans que nous travaillons ensemble.

Il venait d’une grande société, avec trois générations de tailleurs de diamants et m’a tout appris de ce monde fascinant qu’est celui du diamant. Ce fut la chance de ma vie de tomber sur lui, je touchais au Saint des Saints! Je suis arrivé dans ce métier avec des idées de commercialisation très novatrices car atypiques pour le marché du diamant. Ils avaient le produit et moi l’envie de le vendre autrement. Et pendant deux ans on a commercialisé du diamant.

Nous sommes arrivés avec nos envies, le savoir-faire est venu après, mais on a mis toutes nos envies et nos idées sur le produit  et l’acquisition du savoir-faire s’est faite de façon autodidacte. C’est ce qui a plu car on a cassé les codes de ce métier. On faisait des choses différentes, on utilisait des matières différentes, on mariait des produits très chers avec des produits bon marché. L’important était que cela ait de la gueule ! Nous avons introduit la nacre, la laque, le diamant noir ou encore le plastique dans une profession très conservatrice. Et nous avons eu l’audace de signer nos bijoux ! On était les premiers à le faire… On nous disait « pour qui vous vous prenez, comment osez-vous ? ».

Nos créations surprenaient, on avait les meilleurs joaillers de France et le jour où on a décidé de les signer on a perdu 30% de nos clients car nous n’étions que des sous-traitants, des créateurs de l’ombre et là on avait décidé de rentrer dans la lumière. Le marché français acceptait mal nos innovations, nous nous sommes donc tournés vers l’export. Nous avons trouvé des terrains plus fertiles, où les idées nouvelles étaient bien accueillies. On a commencé par le Moyen-Orient puis l’Asie et maintenant nous sommes présents dans le monde entier.

Aujourd’hui pour se faire reconnaître il faut être encore plus créatif qu’avant car pour exporter depuis la France il faut être extrêmement innovant. Nous nous surpassons en permanence, en osant toujours davantage. Pour être reconnu en tant que marque, il fallait des accessoires, des montres, des stylos, des parfums, on a même fait de la mode pendant une dizaine d’années. On faisait des défilés dans le monde entier. On était un peu comme les artistes, on partait en tournée ailleurs et on revenait à Paris faire le dernier show.

A Paris, on avait une boutique rue François 1er. Pour moi c’était une très belle période, la mode était un vecteur qui permettait d’imposer son style. Nous étions libres de faire ce que l’on voulait et de créer ce que l’on ressentait. Cela donnait une puissance et une légitimité aux franchises et aux licences. Car on fabriquait des lunettes, des parfums, des chaussures… Mais le trop c’est comme le pas assez, pour ne pas se perdre il a fallu revenir en arrière.

La mode est-elle plus créative que le diamant ?

Le diamant c’est une matière, des codes que nous avons cassés. Il y a une vingtaine d’années nous avons sorti la première taille, la Korloff Cut 73 qui était aussi une façon de nous différencier de tous nos concurrents qui eux utilisaient une taille universelle. Nos produits avaient quelque chose de plus avec une taille qui était la nôtre et de meilleure qualité. Nous nous sommes recentrés sur le diamant, car c’est notre ADN. Aujourd’hui cette taille on l’a faite progresser pour faire une deuxième taille qu’on a terminée il y a cinq ans, la Korloff Cut 88, car 88 facettes en rapport avec le plus gros diamant du monde.

Et cette histoire démarre le jour où mon associé m’a dit « Daniel, ferme tes yeux, ouvre ta main » et il y avait cet énorme diamant noir dans ma main. Et une extraordinaire histoire en prime : ce diamant avait appartenu à la famille Korloff-Sapojnikoff, un grand nom de la noblesse russe. La légende disait que celui qui le touche reçoit bonheur, chance et prospérité. Nous sommes devenus propriétaires de ce diamant huit ans plus tard, en 1988.

Le chiffre 88 était omniprésent. Nous avons donc créé un diamant à 88 facettes. Cette taille est désormais reconnue et on a la folie de croire qu’un jour cela pourrait être une valeur au même titre que l’or. Car depuis la nuit des temps, l’or et le diamant sont des matières rares et précieuses. Le diamant est entre les mains de grands spécialistes.

Par exemple sur une pierre d’un carat il y a des milliers de possibilités de prix. Il faut mettre de l’ordre dans ce marché et organiser une classification pour pouvoir donner une grande transparence au produit. L’idée c’est de créer un cours du diamant pour le particulier, de façon que lorsqu’il achète une pierre, il connaisse son prix officiel le jour où il veut la revendre. On est toujours arrivés comme dans un jeu de quilles, mais c’est pour cela qu’on existe aujourd’hui.

Quand vous avez touché ce diamant noir pour la première fois, quelles émotions avez-vous ressenti ?

Je mets toujours un gant pour le toucher. Car j’estime que le bonheur ou la chance ne se galvaudent pas, il faut en prendre soin. Le bonheur, il faut le toucher doucement, ne pas trop lui en demander. Il faut le consommer à petites doses pour rester heureux. Pour être heureux il faut être raisonnable dans la quantité de bonheur qu’on utilise. Il ne faut pas trop exiger du bonheur si on ne veut pas être déçu. C’est ma façon de voir les choses, c’est ma ligne de vie.

Je suis un homme comblé parce que j’ai limité les hauts, j’ai limité les bas et j’ai une constance dans mon bonheur. Je suis un homme heureux. On peut être heureux avec tellement peu de choses. Il faut être heureux dans sa tête. J’ai toujours dit aux gens, « faites ce que vous aimez »  et si ça marche on peut espérer qu’un jour on peut gagner de l’argent. Mais l’argent ne doit jamais être un moteur pour réussir, il faut faire ce que l’on aime. Si on fait ça à l’envers ça ne fonctionnera pas. La passion est le seul guide qui vaille. Sans étoiles dans les yeux, ça ne marche pas. Effectivement si on m’avait dit qu’un jeune garçon boucher serait capable de vendre des diamants dans le monde aujourd’hui…

Aujourd’hui j’ai passé la main à mon fils, il travaille avec la passion que je lui ai transmise, son envie, ses idées, son héritage mais j’ai passé le flambeau. Mais maintenant j’ai envie de donner une autre vie au diamant avec la cotation du diamant. Parce que le diamant n’a pas tout donné et il est capable de donner beaucoup plus.

C’est la plus belle matière au monde, la plus brillante, la plus précieuse et je souhaite faire d’elle une valeur de sauvegarde et de survie. C’est le plus beau placement, le plus noble. Toute personne qui a un peu les moyens doit avoir de la menue monnaie en diamants. Car on peut aller partout dans le monde, si les diamants sont cotés ils peuvent s’échanger dans le monde entier.

Au-delà de l’esthétique c’est un vrai  produit financier. Donc on crée les codes pour qu’il soit reconnu en tant que tel. C’est une merveilleuse aventure! C’est donner les lettres de noblesse au diamant, c’est extraordinaire. On peut lui apporter beaucoup et il peut surtout beaucoup nous apporter.

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Découvrez notre interview de Sara Bran, dentellière sur or

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