Maison Sensey Paris


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William Amadieu est un designer d’art qui réalise du mobilier dans des bois précieux et rares. Ses réalisations ont une précision et une justesse qui dévoilent une envergure, une finesse, une signature. Ses créations imposent le respect, elles intimident. Elles offrent leur puissante beauté et leur pureté pour surprendre et étonner les collectionneurs du beau. Mais c’est aussi le son qui anime Wiliam Amadieu. Passionné de  jazz, il réalise des batteries avec des matériaux d’exception, des incrustations.

Le son est pur, animal, très précis. Il en fait alors un objet noble, un objet d’art. Les plus grands noms du jazz sont unanimes sur les qualités sonores que cet objet d’exception est capable de donner. Un de nos plus grands poètes de jazz, Claude Nougaro disait « la poésie, c’est du son qui fait du sens ». La poésie est partout pour ceux qui savent l’écouter et la contempler.

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

William Amadieu : L’année 2004 a été marquée par un changement de vie. J’ai quitté le milieu aérien, où j’étais personnel naviguant, pour me diriger vers une formation de haut niveau en ébénisterie. Mon grand père était ébéniste. Je trainais souvent dans ses ateliers et je l’observé travailler. C’est certainement cet héritage qui m’a attiré vers l’ébénisterie. Cette formation a duré un an, il y a différents niveaux assez exigeants à passer. C’était assez lourd mais j’étais très motivé! J’ai été obligé de passer un CAP d’ébéniste pour pouvoir ouvrir mon atelier.

Dans un premier temps, j’ai trouvé un travail dans le milieu du yachting chez Guy Couach à Arcachon. Je travaillais sur des yachts de 30 et 40 mètres. Par la suite, j’ai intégré la société CNB à Bordeaux pour travailler sur les One-off, des voiliers à pièces uniques. Le milieu du yachting m’a appris énormément, comme  par exemple des nouvelles techniques très pointues. Le yachting exige une précision extrême.

En 2009, j’ai créé ma marque et j’ai ouvert mon premier atelier à Bergerac, en Dordogne. A partir de là, j’ai réalisé mes premières pièces, j’en dessine de nouvelles, j’ai donc créé mes propres lignes de mobilier. Je fais également du travail de restauration pour certains clients et du travail sur mesure. Je fais le design, je modélise et ensuite je réalise tout à l’atelier. Je sélectionne mes bois, je réalise les moules et ensuite vient la création. Donc tout cela demande du temps.

Mais je ne fais pas que du mobilier, je fais également des batteries. Car je suis passionné par le jazz et la percussion. Cela m’a donné envie de créer mes propres batteries. Je me suis mis à la facture de percussion. Et là, il n’y a pas d’école, il n’y a rien pour apprendre les techniques, je suis complètement autodidacte dans ce domaine.  J’ai commencé par des caisses claires et je me suis fait repérer par un collectionneur suite à une interview. Il est venu dans mon atelier et il m’a commandé une des batteries que j’étais entrain de réaliser.

J’ai voulu appréhender cette batterie moderne comme une batterie noble. Je voulais en faire un objet d’art, de par les matériaux, la construction, les incrustations. Je voulais la rendre belle et précieuse. J’ai un passé avec cet instrument, j’ai joué de la batterie pendant des années, ce qui fait que j’ai déjà une compréhension de cet instrument au niveau technique, malgré cela j’ai dû apprendre! J’ai une multitude de livres sur les sonorités, les bois de résonnance, j’ai rencontré des luthiers pour apprendre les finitions et ensuite c’est surtout la magie qui opère!

La première fois que j’ai fait essayer ma batterie c’était par Franck Agulhon un grand batteur de jazz. Cela a été une très belle rencontre et il a trouvé l’objet extraordinaire et d’une sonorité incroyable. De grands batteurs ont joué sur mes pièces et ils reconnaissent la précision de mon travail avec des sonorités différentes, très animales, très pures, très précises. Tout cela est très encourageant et m’a donné envie de continuer et réaliser à chaque fois des pièces différentes.

Parfois on me demande des batteries sur-mesure, mais cela reste une niche très élitiste et confidentielle. En France, je suis assez reconnu pour ça. Car mon travail est unique. Il y a un très long processus pour créer un instrument de musique. Il faut bien choisir les matériaux, prendre le temps, être attentif à la coupe des bois, les incrustations, le décor qu’on va utiliser. Cela demande un an de travail.

Mais dans tout ce que je fais je ne me lasse jamais! L’univers de la musique m’apporte énormément, tout comme celui du mobilier, j’adore ça! Il faut savoir sortir des sentiers battus, bousculer ses limites pour proposer des choses nouvelles. C’est comme une évidence. En tout cas, c’est de la magie à chaque fois, car quand viennent les essais…  On joue, on fait résonner la pièce…

La dernière batterie, la jazzette Haïku,  que j’ai faite en acajou de Cuba et avec des incrustations d’ébène. Cette batterie a été utilisée entre autre par un grand batteur américain qui l’a trouvée incroyable. Mais un instrument ça vit et plus ça vieillit plus ça prend des qualités sonores importantes. C’est cette vibration qui m’attire.

Vous avez souhaité de nous parler de la méridienne Antilope, faites nous découvrir votre création…

En fait le point de départ ça a été un fauteuil. Il faut savoir qu’un fauteuil est l’une des pièces les plus difficiles à réaliser. Il faut que cela soit confortable, beau, pur, simple, facile pour s’asseoir, facile pour se relever. Et il faut que ça soit très solide aussi c’est une question d’équilibre! Je fais des pièces très féminines, car le design est très fin. Mais il faut que ça soit puissant et visuel. C’est avant tout une pièce d’art. Le nom « Antilope » c’est parce qu’il a quelque chose de très animal, de par ces pieds qui font penser aux pattes d’une Antilope. Il a été exposé à New York. Je voulais le refaire dans le même style de design mais en méridienne. Car les méridiennes sont très rares.

J’ai utilisé le bois d’acajou des Caraïbes massif pour la structure et le dossier est en chêne de Marais, dit chêne Morta,  pour toutes les parties cintrées de l’assise. Ce sont des fines couches de Morta qui sont collées entre elles et que j’intègre dans un moule pour créer la forme ce qui permet de faire toute une partie cintrée. Mais la caractéristique principale de cette méridienne est le chêne de Morta.

C’est un bois qui a 2000 ans! Ce chêne est tombé dans les marais, (celui-ci a été retrouvé en Vendée), il s’est enfoncé au fur et à mesure dans cette tourbière  et il s’est  fossilisé, il s’est noirci et il a surtout traversé les siècles. Celui-ci a été expertisé à 2000 ans, il a bien évidement son certificat de datation au carbone 14. C’est un bois qui est dur, il est plus dur que l’ébène. Il est très chargé en histoire et en matière. La couleur noire est sa couleur naturelle et à la lumière lui donne des reflets complètement différents.

Il y a tellement de choses à dire sur ce métier, c’est passionnant. On part de rien et on arrive à une belle pièce. Ça a une histoire! Il faut qu’on garde ces valeurs de la beauté, je pense que c’est important. On dérive énormément, il faut faire attention.  Notre métier c’est de prendre le temps de faire les choses. Nous ne détruisons pas les forêts, on les respecte. On utilise peu de pièces et on les met en valeur, on transmet. La transmission doit revenir en point central. Il y a une phrase de Diderot qui exprime bien les métiers d’art « L’âme serait bien aux bouts des doigts ».

 

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