Maison Sensey Paris


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Sabrina Nadal est une créatrice de lingerie discrète et passionnée. Elle n’oublie pas l’héritage qu’elle a reçu de ceux et celles qui l’ont accompagnée pour développer son talent et sa créativité. Elle le doit à son travail mais également à la transmission de ces femmes dans les ateliers, des maîtres brodeurs, des dentelliers qui ont jalonné son parcours de créatrice et qui continuent de participer à ses créations. L’univers de la lingerie a évolué considérablement ces dernières années, lui apportant  la notion de mode mais en oubliant parfois ses fondements historiques.

C’est dans ce contexte et de par son héritage que Sabrina Nadal a imaginé sa nouvelle ligne Signature. Signature exprime le chic à la française, une quête de la perfection alliant dentelles, matières soyeuses et veloutées pour mieux exprimer la féminité, la sensualité, une personnalité. C’est aussi une mise à l’honneur des savoir faire français et une volonté de revenir à l’essentiel.

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

Sabrina Nadal : Cela a débuté il y a environ 24 ans. Au départ, je viens de l’univers du prêt-à-porter et je suis arrivée dans la lingerie par hasard. A l’époque, la lingerie n’était pas autant à la mode que maintenant. J’ai rencontré un fabriquant qui venait d’acheter une usine en Normandie et il m’a proposé de faire le style pour lui.

A la base je n’ai aucune formation en lingerie. Ce fabriquant proposait alors des fonds de robes avec beaucoup de dentelles et de broderies. C’est à ce moment là que j’ai eu la chance de rencontrer cinq femmes passionnées de leur métier. Elles étaient là depuis des générations et ont toutes commencé à l’âge de 15 ans. Ce sont elles qui m’ont tout appris du métier. Je les ai toujours considérées comme mes mamans, elles ont vraiment accompagné mes premiers pas dans l’univers de la lingerie.

Au début, cela a été très dur car elles font parties de cette génération qui ne transmettait pas leur savoir faire aussi facilement. Et à force d’écoute et d’humilité elles ont compris que j’étais là pour leur apporter aussi quelque chose. C’est comme ça qu’elles m’ont fait rentrer dans leur affection et leur univers.  Cela a duré près de 13 ans. Et puis j’ai grandi et j’ai utilisé tout ce que j’avais appris et compris pour créer ma propre marque.

Qu’avez-vous retenu de ces cinq femmes ?

Beaucoup de choses. La première est la passion et qu’il n’y a pas vraiment d’école pour cela ! En même temps c’est qu’elles n’avaient pas le choix. C’était leur vie, leur maison, leurs collègues. J’ai appris la proximité humaine, la solidarité. Au final elles avaient une vraie volonté de transmission, mais il faut la mériter.

La transmission de ces savoir-faire est-elle compliquée ?

Je pense que les personnes aujourd’hui ne sont pas à l’écoute de la transmission. Il faut savoir lire entre les lignes! Il y a des gens qui veulent vraiment transmettre sauf qu’on ne les écoute pas, on ne les voit pas ou tout simplement on ne veut pas savoir. C’est tout simplement une question de génération. Mais en tant que professionnelle, on a qu’une envie c’est de transmettre.

Quel est l’univers de la lingerie Sabrina Nadal ?

Comme je vous le disais, je viens à la base du prêt-à-porter. A mes débuts, on n’utilisait pas du tout de matières du prêt-à-porter dans la lingerie. C’était tout simplement impensable! Mais quelques maisons comme Balenciaga ou Christian Dior commençaient à le faire. Ayant travaillé pour des licences dans le luxe j’avais donc cette sensibilité à utiliser de nouvelles matières en lingerie comme de la dentelle, du jean…

Ma volonté n’était pas de rajeunir la lingerie mais de montrer que la lingerie est un produit à part entière et que cela pouvait très bien côtoyer le prêt-à-porter et l’accessoire. C’était pour moi une évidence. Maintenant il y a quand même des codes très précis à respecter. Mais à l’époque on n’achetait pas de la lingerie si ce n’était pas une matière adaptée.

C’est comme ça également que ça a commencé car il y avait ce changement qui s’opérait et il y avait beaucoup à imaginer et à créer. Donc j’y suis tombée par hasard mais aussi par mon esprit mode. Car la lingerie avait un côté assez austère, très conventionnel et très limité au niveau de la créativité.  Forcement on avait envie que cela soit plus dynamique et que ça bouge !

Et ça a bougé! Le secteur de la lingerie a considérablement évolué, elle est l’égal du vêtement et c’est un marché en pleine expansion. Que pensez-vous de cette évolution ?

Effectivement! Cela bouge tellement qu’on en oublie l’essentiel. Le constat c’est que le marché s’est tellement développé, la lingerie a osé dépasser ses limites et en fait parfois trop au risque de se perdre. Il faut savoir doser. C’est pour cela qu’avec ma ligne Signature  je reviens à l’essentiel. Il ne faut pas oublier que la corsetterie c’est d’abord une fonction, c’est à dire le maintien d’une poitrine et apporter du confort.

Aujourd’hui nous avons de la mode dans la lingerie et c’est très bien, mais il ne faut pas oublier ce que l’on m’a toujours appris c’est que le confort et le bien aller sont les priorités. Grâce à la ligne Signature, j’ai envie d’utiliser mon savoir faire mais aussi revenir à des fondements historiques ; une lingerie chic, élégante qui occupe en même temps sa fonction de maintien, un vrai savoir faire!

Quels artisans dans la dentelle avez-vous choisi pour votre ligne Signature ?

La dentelle a été la plus compliquée à trouver car elle est spécifique au domaine français. Les fabricants de dentelles sont très sollicités pas la Haute Couture et ils sont très vite débordés. Il ne reste plus beaucoup de vrais dentelliers de la ville de Calais et ceux-là sont très demandés. C’est pour cela qu’avec la dentelle il faut beaucoup de précision et de rigueur. Il faut savoir ce que l’on veut vraiment en faire. Mais il n’y a pas que la dentelle, il y a aussi les matières qui jouent un rôle essentiel et également les brodeurs.

Pour Signature je travaille autant avec des dentelliers qu’avec des brodeurs qui sont dans le nord de la France, dans la région de Caudry. Ils sont beaucoup plus souples et plus ouverts au niveau technicité et en flexibilité. Les brodeurs ont souffert de la délocalisation alors que les dentelliers n’ont pas été impactés car les machines qui font les dentelles de Calais n’ont pas le droit de quitter la France puisqu’elles sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Mais le problème auquel sont exposés les dentelliers c’est de trouver la relève. Cela devient complexe car il n’y a pas d’école. Ce sont des mécaniciens qui travaillent sur ces machines. Ce sont des esquisseurs qui ont un métier purement artisanal. Donc les dentelliers et les brodeurs sont confrontés à un problème d’avenir. C’est pour cela que certaines entreprises pensent à faire leurs propres centres de formation.

Il est important pour vous de mettre en avant cet artisanat dans votre collection ?

Oui, exactement! Ce qui me plait aussi ce sont ces relèves de générations. A mes débuts quand je travaillais en Normandie, dans cette entreprise familiale, j’ai eu la chance de côtoyer le grand-père, puis dans les années 90 j’ai connu le fils et maintenant je commence à côtoyer les petits fils. Donc cette transmission de génération en génération me motive encore plus. Et c’est le cas également avec un corsetier, avec certains brodeurs. Et je me dis ; mais quelle jolie histoire!

Effectivement les choses ont changé, et je dis bravo à tous ces petits fils qui relèvent ce challenge de conserver leur patrimoine familial et leur savoir faire. Cela me donne envie d’entreprendre, j’ai envie de fonctionner avec eux. Ils sont plus que des partenaires c’est une grande famille. L’histoire est trop belle pour qu’elle s’arrête.  Je travaille en confiance et je suis rassurée de constater qu’il y a encore des gens qui se battent pour des valeurs et une passion.

Comment s’appelle cette grande famille ?

Il y a la société Macosa qui est dans la région du Perche et qui fonctionne très bien. C’est l’un des derniers corsetiers français qui a beaucoup de mal à recruter des savoir faire. Il y a la société Bracq qui est un dentellier dans le nord de la France et j’ai mon brodeur avec lequel je travaille qui est Broderie Leveaux.

Comment est née votre ligne Signature ?

J’ai eu la chance de beaucoup voyager, de par mes clients mais aussi par passion. On n’est jamais français quand on est en France mais quand on est à l’extérieur c’est là qu’on se rend compte de la richesse de notre patrimoine matériel et immatériel. Le chic à la française reste toujours impalpable, cela implique le luxe mais c’est avant tout un état d’esprit.

Et puis ce sont d’autres mots également qui me viennent comme la tolérance, la mixité, l’ouverture d’esprit, la perfection, la curiosité, une certaine attitude. Le luxe est pour moi une quête de la perfection. Pour résumer le chic à la française c’est Signature, c’est le retour à l’essentiel.

 

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