Maison Sensey Paris


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Les photos de Rocchina sont à la fois poétiques et remplies d’émotions. Une sorte de Madeleine de Proust, qui nous renvoie à des clichés familiers. Cette Italienne passionnée par la photographie depuis l’enfance nous offre une interview pleine d’élégance et d’humilité. Son travail est la fois mystérieux et subjectif, il n’impose rien, il ouvre à l’imaginaire. Elle transforme des photos de mode en moments de vie : une subtilité italienne, une signature.

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

Rocchina del Priore : Je suis née dans un petit village dans le sud de l’Italie. J’ai vécu à Bologne, une petite ville médiévale du Nord, belle et riche en culture, où j’ai étudié la philosophie. J’ai toujours eu la passion de la photographie. J’aime cette forme d’art depuis que je suis petite, depuis que j’ai vu les photos de ma grand-mère qui les gardait secrètement. J’ai réellement commencé la photographie en 1997.

J’ai trouvé mon premier appareil photo dans un petit marché aux puces, une vieille imitation russe de Nikon, pas chère et géniale pour un étudiant. A partir de 2008, je me suis dirigée petit à petit vers le numérique. En fait, j’utilise à la fois l’appareil photo classique et les appareils photo numériques, c’est une approche différente de la photographie. A mon avis, cela dépend du contexte et du résultat final que vous voulez obtenir.

Quelles émotions recherchez-vous pendant une séance photo?

Je ne peux pas bien expliquer ce qui m’amène à prendre des photos. Parfois j’ai un très fort désir de faire ressortir une émotion, des sentiments, ma vie, mes rêves, comme un rocher sculpté par la mer. Je crois vraiment en mes rêves. Souvent j’ai essayé de les photographier, j’ai essayé de les faire tenir dans une photo ; ce ne sont que des images internes.

J’aime toujours laisser aux gens qui regardent mes photos la lecture finale, parce que je crois en l’art comme une introspection, comme un cadeau. Comme Jim Jarmush l’a dit, « ce n’est pas important là où vous le prenez, mais où vous l’amenez« . J’offre mes photos à des personnes qui savent faire de la place dans leur imagination.

Avec quelles marques de mode aimeriez-vous travailler ?

Je voudrais travailler avec Nina Ricci, Rochas, Lanvin et Bottega Veneta. Les raisons pour lesquelles je choisis ces Maisons sont nombreuses. De l’histoire que ces marques portent en elles comme valeur intrinsèque, jusqu’à l’élégance, la recherche, le style final qu’elles ont toujours eu au fil des années. Je sens que ces Maisons ont comme image finale quelque chose de très proche de ma façon de voir la mode, non seulement comment porter quelque chose, mais quelque chose qui en vaut la peine, l’idéal de l’élégance féminine et sophistiquée.

Quel regard portez-vous sur la mode ?

Je pense que la mode est quelque chose de plus que de s’habiller, de porter quelque chose qui nous rend confortable et couvert. La mode peut être une forme d’expression de soi, jusqu’à arriver à être dans les cas les plus recherchés une véritable forme d’art. Depuis mon enfance les pages de Vogue ont été une source d’inspiration. Voir les robes de Haute Couture destinées à faire rêver c’est quelque chose d’incroyable car inaccessible.

Parce que je comprenais aussi la valeur des mains et des esprits qui avaient travaillé pour faire de vraies sculptures de tissu. J’admire les œuvres de Capucci, Gianfranco Ferré, Christian Dior, Alexander McQueen. Ces designers peuvent être définis comme des artistes parce qu’ils ont fait de l’art avec des tissus. Ils sont plus que des couturiers, ils sont des « sculptures à porter ».

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Je m’inspire de tout. D’une saveur, d’une image, d’une odeur, d’une voix, mais surtout de mon inconscient. Ma principale source d’inspiration, cependant, reste la musique, je crois, car elle est dirigée comme des images frappant le cœur et les sentiments. Sans musique, je ne peux pas faire de photographies.

Que cherchez-vous sur une photo ?

Dans mes photos, je cherche un endroit pour être bien. En général, dans les images d’autres photographes, je cherche un langage commun, mais surtout des sentiments qui me font penser, bouger, réfléchir, être en colère, pleurer, poser des questions. Simplement des émotions.

Quelles techniques photo utilisez-vous ?

Cela dépend du résultat que je veux obtenir. J’utilise un appareil photo numérique, parfois j’utilise aussi photoshop pour avoir un résultat plus rêveur, superposer des images et modifier les couleurs, utiliser des filtres pour rendre l’image plus onirique ou très nette avec le noir et blanc.

Quels sont vos projets ?

Dernièrement, je travaille sur un projet sur le corps des femmes et la féminité, en particulier sur la douleur, mais de façon très métaphorique, je n’aime pas utiliser des images trop explicites dans ma photographie. J’aime qu’il y ait des éléments qui évoquent quelque chose de mystérieux, d’indéfini, mais en même temps, après les avoir vus, ils peuvent être retravaillés d’une manière simple et directe.

Comment décririez-vous vos photos ?

Je pense que c’est une photographie très féminine, sensuelle, simple, parfois avec des images indéfinies, évocatrices, je n’aime pas trop les images directes, même dans le corps nu j’essaie de proposer du subjectif. J’aime une sensualité qui n’est pas criée, mystérieuse, intime. Je préfère le mystère, parce que la vie est mystérieuse, la plupart de ce que nous ressentons est difficile à expliquer avec des mots, il est plus facile de le dire avec des images et de la musique.

Que voulez-vous améliorer dans votre travail ?

Chaque fois que je déclenche et que je vois mes photos, je dis que je pourrais faire mieux, beaucoup mieux. Je pense que je ne finirai jamais d’apprendre à photographier, c’est comme vivre. Vous vivez, vous avez tort, vous vivez, vous apprenez, vous vous trompez à nouveau, vous pouvez mieux faire quelque chose et encore une fois vous pouvez encore vous tromper.

Il n’y a pas de fin à ce processus, la beauté de chaque passion c’est juste cela. Le jour où j’aurai une forme d’expression précise peut-être que j’arrêterai de créer, mais c’est une grande peur pour moi.

Y a-t-il une signature, un style italien pour la photo ?

Il y a eu et il y a encore de grands photographes de mode italiens, dont certains ont fait l’histoire de la photographie. J’ai commencé à aimer la photographie grâce à Ferdinando Scianna, avec ses photos de Marpessa en Sicile et de Gian Paolo Barbieri. J’admire Giovanni Gastel et Giampaolo Sgura, styles différents mais très reconnaissables. Ils ont un sens très précis de recherche et d’élégance, beau au sens italien du terme, nous sommes très friands de la beauté en Italie depuis des siècles, malgré les problèmes.

Comment définissez-vous l’élégance ?

L’élégance pour moi a toujours été liée à l’intériorité plutôt qu’à l’habillement. Cela vient de la culture, du respect de soi et des autres, de la vie, du grand don qui vient de l’être dans le monde. Ceux qui sont élégants peuvent l’être dans n’importe quel contexte, avec différents types de personnes. J’aime aussi un type d’élégance plus excentrique, qui vient de personnalités plus éclectiques, qui est également une expression d’intelligence et de chaos intérieurs.

Quelle photo feriez-vous pour Maison Sensey ?

Peut-être que quelque chose qui unit mon idée du style italien avec une touche française que j’ai toujours aimé, ou plus espiègle, plus chic que le français réussit toujours avec peu d’effort. Après tout, nous aimons la beauté et l’élégance et nous représentons le monde !

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Découvrez notre interview du photographe Maurizio Toniato

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