Maison Sensey Paris


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Edouard Quinchon est le fondateur de la Maison Mauban. Il créé des souliers pour des clients qui ont une démarche de rêveur en quête de qualité. Celle qui fera d’une paire de chaussures un objet unique. C’est grâce à la rencontre avec les souliers de son arrière grand-père qu’il s’est rencontré lui-même. Depuis, l’envie de transmettre et de prolonger un peu plus notre savoir-faire français fait partie des valeurs de la Maison Mauban.

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

Edouard Quinchon : Avec la découverte des bottines de mon arrière grand-père au cours d’un déménagement. J’aidais mes grands-parents à vider une pièce de leur maison où ils entreposaient des affaires depuis des décennies. Comme j’étais curieux j’ai ouvert chaque carton et c’est là que j’ai eu un coup de foudre pour une paire de bottines à boutons qui avait été dessinée par mon arrière grand-père. Il était architecte, il dessinait ses modèles et faisait appel à d’autres artisans pour les réaliser.

J’ai voulu faire revivre ces modèles et les proposer à ceux qui avaient envie de posséder la bottine de leurs rêves. Et cela a donc débuté en 2013. J’ai dû tout apprendre et j’apprends encore ! Car je ne viens pas du tout de ce milieu là. Avant cela, je travaillais en cabinet ministériel. Je rédigeais des notes de synthèse sur l’actualité, sur tous les sujets de société, pour créer une bibliothèque de références et de réflexions.

Mais suite à la découverte de cette bottine là, j’ai voulu comprendre le savoir-faire qui était derrière et c’est comme ça que je suis allé frapper à la porte du cordonnier qui était en bas de chez mes grands-parents. Celui-ci m’a envoyé voir un premier bottier et, de fil en aiguille je suis allé voir un second bottier qui m’a emmené voir une tannerie en Auvergne, puis un atelier en Pays de Loire. Et petit à petit j’ai commencé à apprendre, à comprendre comment ça fonctionnait.

Ma curiosité s’est ensuite étendue vers d’autres pays d’Europe. Je suis donc allé en Espagne, en Angleterre, en Hongrie, en Italie. C’est surtout en discutant avec des artisans en France que j’ai réalisé que c’était tout un savoir-faire qui était en train de disparaître. Etape par étape, tous les ateliers en France sont en train de mettre la clé sous la porte.

On peut l’expliquer par un ensemble de facteurs. Eux n’ont pas su raconter leur histoire, nous, les consommateurs avons voulu aller vers des produits où la première qualité est le prix et à force le besoin de changement rapide des modes et des produits éphémères ont remporté la première place.  Et la distribution de masse n’est pas compatible avec un travail à la main car ce travail ne peut pas répondre aux besoins des chaines de distribution.

Mais la bottine de votre arrière grand-père, c’était un appel ?

Ah oui, c’était un clin d’œil du destin ! En fait, la chance est venue vers moi. C’était le premier déclic. Mais il y a eu un deuxième déclic qui s’est produit quelque temps après. Je me suis retrouvé un nuit à dormir sur un parking devant un atelier à attendre que l’artisan soit là pour essayer de le convaincre de refaire les bottines comme à l’époque.

Et donc ce genre de démarche n’a fait que confirmer ma vocation. Car quand on se retrouve dans ce genre de situation ou encore dans un hôtel perdu en plein milieu de l’Europe à attendre quelqu’un, on se dit qu’on a rencontré ce que l’on veut faire de sa vie. Alors j’ai fait confiance à ces signes du destin.

Mais je continue d’apprendre et je continuerai à apprendre car cela représente des années de travail avant de connaître les cuirs, comprendre comment ils sont tannés. Par exemple il y a l’étape pour rendre le cuir imputrescible. C’est à dire que le cuir ne bougera pas, ne pourrira pas, et ensuite il y a la partie teinte en elle-même.

Le tannage se fait en cuve. Le cuir peut y rester de trois mois à un an voire plus, en fonction du type de tannage que l’on veut. Si on veut un cuir très épais et très résistant ou encore un cuir très souple avec une teinte très chaleureuse et parfois il suffit de donner un tannage végétal pour apporter une certaine profondeur. Tout cela, il y a encore quelques années je ne savais pas que ça existait !

Donc ça c’est pour le cuir. Après il faut trouver quelqu’un qui soit capable de faire une forme. C’est tout simplement une bûche de bois qui est râpée, poncée pour que l’objet permette de faire une forme sur laquelle on va poser le cuir. Ensuite, il y a le troisième artisan, le bottier,  qui va assembler les feuilles de cuir et là on peut avoir un soulier qui peut durer des générations. Et dès que je vais dans un atelier, voir qu’à partir de la matière première, du fil, des aiguilles et une forme on peut créer un objet, à chaque fois pour moi c’est une source d’émerveillement.

Quelle est votre source d’inspiration pour dessiner des souliers?

C’est la première fois qu’on me pose cette question ! En fait c’est l’imaginaire que cela véhicule. J’ai trois sources d’inspiration. La première c’est la rencontre avec le client. C’est une première étape importante pour mieux comprendre qui il est, ce qu’il désire comme soulier, quel est son imaginaire personnel.

La seconde source d’inspiration c’est l’histoire des grands bottiers et des modèles qui ont traversé le temps. Et la troisième source d’inspiration c’est mon parcours personnel et l’imaginaire que j’ai développé. Avec des associations qui prennent des chemins totalement détournés : ça peut être un film, un livre, un paysage, une couleur. Ce processus créatif se fait par petite touche avant d’avoir un tableau général.

D’où vient le nom Maison Mauban ?

C’est tout simplement le nom de mon arrière grand-père.

Qui sont vos clients ? Qu’est qu’ils viennent chercher chez vous ?

Je n’ai pas de client type. J’ai des clients qui s’autorisent une folie ou à satisfaire un désir personnel avec un service qu’ils ne trouveront pas ailleurs, avec une histoire, un lien qui se créée au fur et à mesure des rencontres. J’ai une exigence : c’est que le modèle soit immédiatement confortable. Je ne vais jamais sacrifier le confort. Mes clients ont envie de donner du sens à leur achat.

Cela peut être un sens esthétique ou encore un sens pour l’histoire des artisans qui vont participer à la fabrication de leurs souliers. C’est une démarche qui s’inscrit dans le temps, sur un territoire. Savoir qu’ils participent à faire revivre ce savoir-faire en France leur donne aussi du sens. C’est une quête de sens et d’imaginaire.

Par exemple, j’ai un client qui est fan de rock et il voulait une bottine bleue à élastique! Il a pour le coup un imaginaire très fort et il m’embarque immédiatement dans le sien. Donc ce type de bottines renvoie dans les années 60, 70 en Angleterre et en même temps le cuir bleu ça rappelle Elvis. Et ça peut être aussi des clients qui ont vu des chaussures portées par Delon Dans « Le Samouraï » ou dans « Plein Soleil ». C’est pour ça qu’on passe beaucoup de temps à discuter, car la création et l’inspiration sont tout simplement le fruit d’une rencontre.

Plus globalement, vous pensez que les clients évoluent aujourd’hui vers une consommation qui a du sens ?

Il y a une partie de clients qui évoluent. Généralement ce qu’ils disent c’est qu’ils en ont marre d’aller dans les grandes boutiques impersonnelles avec des vendeurs qui les prennent de haut et qui veulent leur vendre des produits sur lesquels ils vont marger. C’est en tout cas le sentiment qu’ils ont de plus en plus. Et ces clients recherchent avant tout une expérience. C’est d’être capable de raconter l’histoire du produit, pourquoi il a été réalisé et pourquoi eux, ont choisi de faire appel à un artisanat français car, tout simplement, ils s’aperçoivent que aujourd’hui il y a un savoir-faire qui existe en France.

Et si ce savoir-faire disparaît en fait cela disparaît au niveau mondial car la transmission est de plus en plus difficile. Par exemple, si l’atelier de Cholet fermait demain, ce savoir-faire là disparaitrait à l’échelle de la planète. En tout cas il y a des client qui veulent donner une signification à leurs achats en s’inscrivant dans l’histoire et le rêve. C’est donc l’héritage et une part de rêve en même temps.

Et si j’ai un rêve c’est qu’à leur tour les petits enfants de mes clients se disent en découvrant leurs souliers : « mais qu’est que c’est que ce modèle ?! » oui, c’est donner envie et du rêve.

Le soulier c’est une question d’élégance, comment définissez-vous l’élégance ?

L’élégance c’est complexe et c’est simple à la fois. Cela ne peut pas se résumer à un vêtement car cela ne reste finalement qu’une enveloppe.  C’est une notion qui regroupe le style et ce qu’est la personne. L’élégance se construit touche par touche. Et je trouve cela prétentieux de dire « je suis élégant »  parce que c’est une façon surtout de se comporter et avoir une certaine forme de responsabilité par rapport à ça.

Votre collection est exclusivement masculine, comment vous imagineriez le soulier féminin chez Mauban ?

Je vais rester très humble sur le soulier féminin. J’ai davantage des choses à dire dans l’univers masculin. J’ai un regard, une éducation et un début de parcours dans le soulier masculin et je resterai sur ce style là pour le moment. Je peux proposer un modèle androgyne si une cliente le souhaite et je ferai tout pour lui proposer le meilleur modèle de cette identité féminin, masculin,  mais je ne m’aventurerai pas à lui proposer un escarpin. Je resterai avant tout là où Mauban a des choses à dire : dans le masculin.

Si vous deviez décrire la Maison Mauban comme une personne, quelle serait cette personne ?

Mauban c’est un doux rêveur qui s’efforce d’avoir les pieds dans la réalité.

Quel est le cuir qui vous fascine le plus ?

C’est le cuir de veau. C’est le cuir Box-Calf. C’est un cuir extraordinaire, il est à la fois incroyablement souple, lorsqu’il est tanné il prend une profondeur dans la couleur. C’est à la fois ce qu’il y a de plus classique et à la fois ce qu’il de plus unique. Parce que c’est un cuir extraordinaire, et qu’il est teint dans les règles de l’art qu’il aura une superbe patine avec le temps. Je préfère proposer à mes clients un cuir qui est déjà teint et qui va vieillir avec eux.

Vous faites également des chaussures de bikers, c’est une chaussure plus technique,  quelle est la différence qu’offre la Maison Mauban sur ce type de modèle ?

Rencontre avec univers incroyable! c’est Blitz une chaîne de moto qui est venue vers moi, et pour tout vous dire ils font partis de ceux qui m’ont donné le courage d’y aller. Car ils avaient un parcours similaire au mien, ils ont tout lâché pour se lancer dans leur passion. Donc avant notre collaboration, c’est avant tout une amitié qui nous a réuni. Car je ne connaissais pas du tout le monde de la moto.

Et j’ai créé un modèle pour biker, avec une semelle en caoutchouc utilisé par les parachutistes français.  Pour pouvoir passer les vitesses, il faut un cuir beaucoup plus épais et qui ne raye pas. Et j’ai trouvé un cuir gras qui est tanné deux fois plus longtemps. Et ce cuir permet de faire disparaître les aspérités avec un aspect mat. Il fallait également des œillets qui ne rouillent pas. Et j’ai trouvé un artisan qui fait ce type de matériaux qu’on utilise pour faire des canons de fusils. Chaque étape de la chaussure a une signification.

Dernière phrase pour conclure ?

J’espère que chacun essaie d’accomplir ses propres rêves. Il faut du courage, car on n’est jamais à l’endroit où on pensait être.

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Découvrez notre interview du tailleur Romain Biette d'Ardentes Clipei

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