Maison Sensey Paris


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Charlotte Bialas

Charlotte Bialas est une créatrice qui nous fait voyager dans le temps en travaillant la soie. Originaire de Suède, installée à Paris depuis plusieurs années, son parcours a été rythmé par l’univers de la mode avec toujours une grande passion pour l’artisanat. Elle déniche à travers le monde les plus belles soies de créateurs des années 60 à 90 pour réaliser des collections féminines et d’une élégance rare. Son concept est d’offrir des pièces uniques car c’est le tissu qui impose la collection. En 1985, elle lance sa première collection de prêt-à-porter traduisant son goût pour la qualité supérieure et l’artisanat.

En 1992, tout en continuant de concevoir, Charlotte s’implique dans une nouvelle passion : les sculptures basées sur la relation entre le corps et le tissu, lui permettant d’explorer des formes tridimensionnelles. En continuant à expérimenter cette nouvelle expression artistique et grâce à sa passion pour les tissus rares, Charlotte lance son deuxième label en 2012 et ouvre en 2016 sa boutique phare dans le légendaire Saint-Germain-des-Prés au 67, rue Madame.

Maison Sensey : Comment trouvez-vous vos tissus ?

Charlotte Bialas : C’est toujours des rencontres incroyables et des moments de découverte. J’ai rencontré un fabricant italien qui ne fait que des imprimés pour des cravates et des foulards et qui travaille uniquement pour les grandes Maisons de couture. Ce fabricant a un jour rencontré de gros problèmes et a donc vendu tout son stock. Lorsque que je suis arrivée chez lui, il me dit « c’est dommage mais je viens de vendre 40000 mètres de tissus anciens qui auraient pu vous convenir, je les ai vendus il y a une semaine ».

Et puis par hasard, il y a trois mois on me parle d’un endroit qui pourrait m’intéresser et c’est le monsieur qui a acheté ces fameux 40 000 mètres de tissus. En Suisse il y avait une usine qui travaillait pour Yves Saint Laurent ou encore Balenciaga. Et aujourd’hui on peut encore trouver des stocks de ce fabricant qui faisait des tissus fantastiques! En Angleterre, il y a davantage de tissus imprimés. Les Anglais ont un vrai engouement pour les imprimés et les tissus anciens. A Manchester, il y a un salon de tissus anciens mais très peu de métrage.

Le tissu est le point de départ de chaque création ?

Oui, c’est le tissu qui dicte la collection. Je n’ai pas de collection hiver ou été, c’est un constant mouvement. Je ne fais que de la soie et parfois de la laine imprimée. C’est très rare et très beau. J’ai une collectionneuse qui a énormément de tissus et elle me vend des métrages qu’elle possède.

J’achète peu de coton car c’est plus difficile à conserver alors que la soie est plus résistante le tissage est plus robuste. Ce qui est fragile dans la soie, c’est la mousseline. On a des idées reçues sur la soie. On peut porter la soie l’hiver, et l’été c’est thermo régulant et les soies de bonnes qualités ne se froissent pas. On peut travailler, voyager et ça reste impeccable.

Pourquoi la soie ?

Car c’est l’impression sur ce tissu qui m’intéresse. Il y a plus de possibilités de variantes dans la soie que dans le coton. L’impression est unique dans la soie et c’est un tissu plus ancien que le coton. On a des impressions au cadre, au 8 cylindres, à la main et maintenant c’est digital. Une impression digitale ne sera jamais pareille car il n’y aura jamais cette profondeur dans les couleurs. C’est pour cela que je m’arrête aux années 90.

Mais il y a des très belles impressions digitales. Il y a des stylistes comme Dries Van Noten qui utilisent le digital. Mais ils l’utilisent pour imprimer des photos, ils l’utilisent pour créer car c’est impossible de faire autrement. Ils utilisent le digital de façon positive. Ce qu’ils perdent en couleur, ils le gagnent en composition.

Les années 2000 seront un jour recherchées ; elles seront le nouveau vintage mais chaque chose en son temps. A voir comment cela va vieillir. La conservation de la soie doit être parfaite pour retrouver des tissus avec une telle qualité. Je regarde la méthode de stockage avant d’acheter car c’est très important.

Quels sont vos concurrents ?

Il y a des gens qui reprennent des imprimés des années 50 mais avec une impression digitale. Il y a des gens qui achètent des vêtements déjà montés et ils les transforment avec des mélanges de tissus. Il y a une créatrice française qui travaille des pièces avec des anciens foulards.

Mon concept est plus compliqué pour un business de volume. Je pense que les gens se disent que ce n’est pas commercial car cela implique peu de quantité et donc compliqué à gérer. Je vends beaucoup au Japon et ils aiment que cela soit des séries limitées, ils commandent beaucoup de quantité avec différents tissus. Quand j’ai démarré cette marque j’ai rencontré beaucoup de monde, on me demandait pourquoi je voulais travailler les anciens tissus ? Et je répondais ; il y a des choses qui existent qu’on n’utilise pas, il y a donc des choses à faire!

C’est compliqué au niveau production mais c’est fantastique à travailler. Il faut que j’élargisse ma recherche en permanence cela prend beaucoup de temps. Je voyage trois ou quatre fois par an et je fais un pays par an. J’ai très envie d’aller en Italie pour m’arrêter dans les villages et les villes. J’ai entendu parler d’un stock à Hong Kong qui date du siècle dernier, à l’époque de l’Empire britannique, avec beaucoup de merveilleux tissus européens. Le Japon également ; pour l’industrie du kimono. Ils ont un savoir-faire unique.

La soie est appelée le “chirimen” c’est un crêpe de soie très marqué dont le tissage est fait uniquement au Japon. C’est la meilleure soie au monde. Il y a donc des stocks importants et de qualité. Les fabricants sont entrain de fermer car le kimono est moins porté. Par contre les largeurs sont uniquement de 35 cms, il faut alors réfléchir différemment.

Car les kimonos sont fait de panneaux droits et géométriques. Il faut réfléchir à la forme, c’est cela qui est intéressant. Je suis inspirée par les vêtements asiatiques ; leurs impressions, la coupe des vêtements traditionnels… Il y a des impressions à l’extérieur et du cashmere à l’intérieur. La soie a été inventée en Asie. J’aime la combinaison du cashmere et de la soie.

Depuis combien de temps êtes-vous rue Madame ?

Je suis ici depuis novembre 2016 avant j’étais dans le Marais. C’était comme un atelier showroom. Pour démarrer une marque c’était parfait mais trop petit pour montrer l’ensemble de ma collection, il me fallait plus de place. Et j’ai trouvé ici par hasard. Ici c’est le bouche à oreille qui marche. Quand une cliente vient me voir, elle sait pourquoi. Les clientes trouvent leur bonheur car il y a tellement de tissus différents. A chaque fois il y a toujours un tissu pour quelqu’un. Chaque tissu trouve son propriétaire.

Avez–vous envie de faire des défilés ?

J’aimerais faire du défilé mais pas forcément un show. Proposer quelque chose de plus confidentiel où l’on prend le temps pour expliquer, faire comme une exposition. Il y a plein de choses à exploiter en ambiance, en histoire… Je préfèrerais le faire en été qu’en hiver, ce serait mieux. J’y travaille.

Quel a été votre parcours ?

J’ai travaillé pour différentes Maisons en Belgique, en Allemagne et par la suite j’ai été Directrice Artistique pour une marque française. On faisait appel à moi pour redresser les collections et pour créer quelques choses avec les outils existants. C’était plus une réflexion sur la cliente d’aujourd’hui. Il fallait définir l’énergie générale de chaque marque et connaître le marché local mais aussi international. Je m’occupais beaucoup du marketing et du merchandising.

Le merchandising était très compliqué car il y avait six concepts de magasins différents et donc il fallait réfléchir comment présenter ces collections. On était obligé de commencer par la fin : comment utiliser les magasins pour la collection.
Cela modifie la créativité. La construction business était intéressante. Tous ces jobs m’ont permis d’apprendre. Et je peux l’utiliser maintenant pour ma propre marque.

Vous avez eu besoin de revenir au produit, à l’essentiel ?

Oui je travaille maintenant à l’opposé. Cela a commencé par des recherches car je ne savais pas s’il y avait du stock et en voyageant et en faisant des rencontres cela a été possible. On le sent quand on fait quelque chose qui nous correspond ; quand cela prend du sens c’est la bonne direction. Il faut du courage, il faut oser. Quand on est passionné il n’y a pas de barrières. La passion dicte, et avec la passion il n’y a jamais de déception.

Organisez-vous des soldes ou des ventes privées ?

Je fais très peu de ventes privées une ou deux fois par an. Mais je n’ai pas besoin de solder car j’ai peu de stock, ce n’est pas le concept. Les ventes privées, c’est plus chic et cela fait plaisir à nos clientes. Comme je ne fais pas de vêtements hiver ou été, je n’ai pas besoin de liquider les stocks. Le prix vulgarise le produit. Il y a des soldes partout et la cliente comprend aussi qu’on paye des produits trop chers.

Il y a des fabrications uniquement pour les soldes et les clientes ne sont plus dupes et en ont assez des soldes, il y a en trop. Tous les jours mes clientes me disent qu‘elles ne trouvent rien, que tout se ressemble. Il y a beaucoup de créativité en France, le problème c’est de trouver des investisseurs. Il faut de vrais investisseurs privés ou des mécènes qui on vraiment envie d’investir mais qui on aussi une vision.

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