Maison Sensey Paris


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David Vincent Camuglio créateur de mode. Photo @scnader9©

David Vincent Camuglio est un créateur de mode généreux et singulier. Généreux par son sourire et ses collections qui offrent une mode contemporaine aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui et de demain. Singulier par sa manière de penser la mode. Il appelle « flashs », les déclencheurs de sa créativité. Un instinct qui le guide vers la matière, le style.

La technique est l’introduction dans son processus créatif. Le corps en reconstruction est devenu l’obsession de sa collection 2019-2020 : « Le somatomètre ». Pour celle-ci il a choisi le 19e siècle pour sa structure dans le porté du vêtement, et le noir puissant pour l’expression de l’élégance. Paris est son atelier, sa respiration. Tout particulièrement Saint-Germain-des-Prés qu’il affectionne pour sa tranquillité et son esprit. Cet originaire de la Corse offre des collections de caractères, vivantes, qui expriment la force, l’énergie et la liberté.

Maison Sensey : Ça a débuté comment ?

David Vincent Camuglio : Cela a débuté simplement. Je suis né en sachant que je ferais de la couture et que je serais riche et célèbre grâce à mon métier. J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont laissé faire ce que je voulais. J’ai fait mes études, j’ai rapidement appris la couture, le tailleur, le cuir, la fourrure. J’ai passé mon bac par correspondance et je suis venu à Paris. J’ai fait des écoles de mode dont Berçot où j’ai fini major de promotion.

Je suis parti à New York aider un ami à réaliser ses créations et une fois rentré en France, j’ai commencé mes collections. J’ai présenté ma première collection en juillet 2000. Pendant deux ans, j’ai tout fait moi-même. Je réalisais une pièce par jour, je cherchais une salle pour les défilés, je constituais mon équipe de mannequins, de maquilleurs, de coiffeurs, un staff pour la communication visuelle. Voilà ça a commencé comme ça…

Par la suite, j’ai eu la bourse LVMH deux années d’affilée et un investisseur qui m’a permis d’avoir une équipe et de pouvoir intégrer un bureau de presse, un bureau de vente et d’avoir une usine qui fabriquait mes commandes. Aujourd’hui je continue en faisant du consulting en mode parce que c’est très intéressant de transmettre et de faire des rencontres et cela enrichit également mon processus créatif. Et tous les six mois je présente mes collections sous forme de défilé, de cocktails en fonction de mes envies. Je les présente à Paris ou à l’étranger où je suis souvent invité à des festivals de mode pour présenter mes collections.

Comment peut-on définir le style ‘Camuglio’?

Je ne sais pas trop répondre à cette question. En revanche je m’inspire de deux choses. La première est que je maitrise bien la technique. Je m’inspire de livres de médecine, cela me permet de mieux comprendre l’anatomie et j’essaie de reconstituer le corps humain au travers du vêtement. J’emploie souvent les termes nervuré, boursoufflé, de reconstruction, de quelque chose qui naît par le sol qui grandit, qui se craquelle, se boursouffle et qui se reconstruit.

J’évoque la reconstruction du corps humain à travers mes vêtements. Je me dis que si mes vêtements continuaient de grandir ils deviendraient des êtres humains. Et cette vision c’est par la technique que je l’aborde. Et la deuxième c’est que je raconte des histoires par rapport à ce que je vis. Ce sont des flashs qui arrivent souvent lorsque je termine une collection sur laquelle je travaille depuis 6 mois. C’est en quelque sorte le point de rupture pour la collection qui vient de naître et celle à venir. Une transition nécessaire, une échappatoire vers une autre histoire.

Les envies pour la nouvelle saison arrivent. Cette échappatoire arrive comme une lumière, un détail, une phrase, un mot. C’est ainsi que mes collections voient le jour. Par exemple pour la collection 2019-2020 « Le Somatomètre », le flash a été le retour aux sources. Je me suis réapproprié le somatomètre, et l’étude du 19e siècle sur le corps humain pour l’habiller. C’est une période qui m’inspire beaucoup pour l’homme comme pour la femme.

Le somatomètre est l’outil qui permet l’étude du corps pour pouvoir construire les vêtements pour homme et pour femme. Au 19e siècle, les hommes étaient corsetés comme les femmes. Il y avait une rigidité au niveau du corps, de la structure du vêtement. Cela ne devait pas être très confortable mais c’était extrêmement élégant. Le noir était très présent.

En 2000, je m’étais inspiré du somatomètre pour ma première collection et aujourd’hui j’avais envie de revenir aux sources et reprendre cette inspiration mais aussi tous les changements dans ma vie. Car un vrai créatif raconte ce qu’il vit et je me suis réapproprié cette étude du corps. J’ai rajouté Pierre Soulages pour le noir cuirassé, charbonneux, carbonisé, des noirs très profonds qui m’inspirent. Mais également l’artiste allemand, Anselm Kiefer qui lui aussi reconstruit et déconstruit constamment. Je me suis entouré de ces grands artistes, du somatomètre et du 19e siècle où j’ai pris les armures de cette époque, le costume de l’homme et de la femme.

Je fais des vêtements surtout pour la femme, l’homme je le construit de plus en plus mais, dans toutes mes collections, j’ai toujours créé en pensant à moi, comment adapter ce flash sur moi, comment le porter. Mon atelier me fait quelques prototypes que je porte. Cela me permet de comprendre la matière portée, le stylisme, la technique qu’il faut améliorer. Une fois que je les valide, je les passe sur le vestiaire féminin. Par rapport au 19e siècle j’ai réalisé des pièces avec des matières très noires à la Pierre Soulages. C’est une collection très habillée, très « réchauffante », très protectrice et un retour aux sources par rapport à la construction du corps.

Il y a des pièces également très légères, voire transparentes, en organza de soie, des broderies, de la dentelle. L’important c’est que chaque idée se transforme et qu’on puisse la produire à l’infini dans toutes les tailles. Pour la prochaine collection de l’été 2020, je m’inspire de mes origines : de la Corse, de la Sardaigne, de la Grèce, des pays du Moyen Orient comme la Syrie, l’Iran, l’Irak, de La Perse et de la Turquie. Je me suis intéressé davantage à la Grèce et à la Rome antique. Cela faisait longtemps que je souhaitais faire une collection inspirée de la chaleur, du vent et de la mer.

J’ai choisi des jerseys de soie, des matières tombantes, pour réaliser des drapés. Les couleurs sont très légères, des ivoires, des écrus, des blancs cassés des caramels un peu cuivrés, des bruns clairs… mais il me fallait une couleur forte, j’ai choisi le bleu de la Grèce. Ce bleu grec qui est aussi le bleu de Samarcande en Ouzbékistan, l’ancienne Perse. On l’appelle la ville des mosquées bleues. C’est à Samarcande qu’on extrait au sol la turquoise. Pour ne pas déroger à mon rituel, je crée une collection pour moi. Les prototypes sont des tailles 40 que je porte et on essaie ensuite le vêtement sur le mannequin.

Ce qui est très intéressant c’est que cette collection offre des pièces pour homme très légères, très fluides, très floues, et quelques pièces structurées aussi. Pour le shooting elles seront portées et ajustées sur un mannequin homme et pour le mannequin femme cela sera plus ample. Cela donnera un autre volume et automatiquement une pièce différente. J’ai envie de proposer une collection qui soit portable autant par la femme que par l’homme de différentes manières.

Cette collection été 2020 se construit avec des matières comme le coton, le lin, la soie naturelle. Mais aussi de la viscose qui est une matière synthétique mais constituée de fibres naturelles. En été c’est important de porter des matières naturelles sur le corps. Après je ne suis pas contre le polyester qui apporte une résistance au temps, donne une solidité par rapport à la matière, aux lavages.

Vous êtes très inspiré par le 19e siècle, mais notre époque vous inspire-t-elle ?

Je crée de manière instinctive donc je peux être inspiré par aujourd’hui comme par le passé. Je me souviens en 2005 quand j’étais parti en Russie suite à un flash. C’est la Russie de 2005 qui m’avait inspiré ma collection. Mais je me laisse guider, les histoires sont racontées par ce qu’il m’arrive au jour le jour et par de multiples périodes de l’histoire. J’ai créé un top Henri IV pour une de mes collections, donc cela peut être très varié. Ces histoires sont enrichies par la technique des pièces mais aussi par les livres et la réalité.

Vous qui habillez la femme, comment la voyez-vous ?

J’espère de plus en plus libre et qu’elle le restera! Quand on est un créateur de mode il ne faut pas oublier de créer pour la femme et l’homme d’aujourd’hui et de demain. Il ne faut pas s’embourber dans des collections du passé sinon on tombe dans le costume. Il faut que le vêtement plaise aujourd’hui donc c’est par les matières, par les couleurs, par les détails. Lorsqu’on est créatif on doit donner envie aux autres de porter ce que l’on fait. Au final on doit faire des vêtements contemporains et j’espère que la femme et l’homme seront toujours libres. La liberté, c’est le plus grand luxe qu’un individu puisse avoir.

Vous vivez en plein cœur de Saint-Germain-des-Prés, est-ce que Paris vous inspire ?

Je suis arrivé dans le 6e arrondissement de Paris il y a 17 ans, et j’ai aimé immédiatement car en me promenant au marché Saint-Germain-des-Prés, le cordonnier m’avait demandé d’où j’arrivais, ce que je faisais, il s’est tout simplement intéressé à moi et cela m’a donné l’impression d’intégrer un village.

Et peut-être parce que je viens d’un village Corse, cette dimension humaine m’a plu. Dix sept ans après, il y a toujours ce respect, j’aime ce qui s’y passe, je m’y sens bien, c’est un quartier qui m’inspire par sa tranquillité, je suis bien ici. J’ai toujours créé à Paris.

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